Paroles d'écrivain...Ph. Sollers partie I/IV...
Entretien conduit avec Guillaume Chérel, le 14 avril dernier dans le bureau de Philippe Sollers, rue Sébastien Bottin...
Beaucoup déteste l'homme sans jamais l'avoir lu... cet entretien, je l'espère, donnera à ceux qui ne l'ont jamais lu, l'envie de découvrir son oeuvre érudite et sa langue, cette voix singulière de l'un des écrivains français les plus important de notre époque...
Entretien Ph. Sollers Partie I
envoyé par Cid-Errant. - Regardez plus de courts métrages.
Et après...
Oui, et après ?
Que se passe-t-il après ? Après que soit passé ce moment tant attendu des mois durant. Ce moment espéré et craint tout à la fois...
Rien, il ne se passe rien, ou presque... seulement le retour de l'attente et de l'impatience... Malgré la vive satisfaction d'avoir franchi une étape essentielle : présenter l'amorce de ce travail à d'autres, professionnels et spectateurs...
Le plaisir résiduel est là pourtant, quelques jours, queue de comète de la joie intense ressentie ce jours-là, mais il est déjà urgent de s'en détacher pour se remettre au travail, pour imaginer la suite...
Et en premier lieu penser la réalisation d'un objet vidéo pour garder une trace de cette lecture au Lucernaire , de ce moment vécu ensemble avec les membres du collectif... pour partager quelque chose de ce moment unique et non reproductible dont le souvenir s'efface au fil des jours qui passent...
Comment transmettre quelque chose de ce qui s'est passé là, dans la salle du Théâtre noir ? Comment en rendre compte sans le trahir, sans pervertir l'unicité de ce réel partagé dans l'espace virtuel de la toile ?
Je déteste le théâtre filmé, je ne trouve aucun sens à cette démarche... Si je fais du théâtre c'est évidemment poussé par ce désir de provoquer la rencontre... de créer des effets dans le réel... de parier sur l'impact d'une langue portée par un corps... de ce qui échappe...
D'où la nécessité d'inventer un objet autre... à la fois esthétique et pertinent... de le réaliser une fois encore en multipliant les collaborations et les échanges...
Créer ce nouvel objet pour également prolonger le plaisir... pour se retrouver ensemble autour de ce projet...
En attendant de se retrouver en résidence de création bientôt...
J-4...
Je ne sais pas pour les autres mais en ce qui me concerne, le temps reste l'adversaire le plus impitoyable dans l'aventure d'une création.
Accepter la frustration de ne pouvoir conduire d'un seul et même geste l'acte créatif de sa naissance à son "émancipation" est une drôle d'épreuve qui se répète et vient lourdement peser sur le quotidien...
Tenir bon, continuer de croire, ne pas laisser l'inquiétude ni le doute s'installer à demeure...ne pas craindre que le désir qui la fonde (cette création) ne s'étiole au fil des jours mornes qui passent...
Sans doute plus encore dans le cas d'une création théâtrale qui, contrairement à l'écriture seule, exige une économie de production avec ses contraintes et ses temps de latence qui s'étirent parfois sur une ou deux années sans nous appartenir tout à fait puisqu'elle en engage d'autres (lieux, partenaires, rythme des saisons théâtrales...) nous privant donc de fait de cette capacité à pouvoir agir qui sauve bien souvent du doute...
Mais c'est aussi une confrontation nécessaire à la réalité de son propre désir, au-delà de la jouissance qui n'en est jamais que le simulacre ou l'avatar, un "fake" si bien réussi qu'on s'y laisse prendre plus souvent qu'à son tour...
Qu'il persiste, ce désir, malgré tout, le révèle plus sûrement que toutes les affirmations que l'on pourrait proférer comme autant d'invocations magiques à faire exister ce qui n'est pas...
Il n'y a pas de création sans acceptation du principe de plaisir qui exige l'abandon de la jouissance... Long et difficile chemin qu'il est parfois tentant de quitter pour revenir à ces satisfactions immédiates, idoles de cette époque qui ne cesse de menacer le singulier d'une dissolution définitive sous la pluie acide de l'instantanéité et du fantasme...
Asphalt Jungle, Quartet-visions d'Europe...
Avec tout ça, je n'ai encore pas encore trouvé le temps de vous parler des artistes et des créations invitées pour l'édition 2010...
Ni même de cette volonté d'accueillir désormais chaque année sur le festival une région de France...
Éclairer la réalité de la création contemporaine hors Paris et le canal "mainstream" quelque peu rébarbatif qui nous nourrit de force, pour ne pas dire qui nous gave, au risque de nous faire exploser... Telle est la génèse de ce projet...
Parce que non, tout ne se crée pas à Paris, et tout ce qui est bon n'est pas obligatoirement ni immédiatement frappé du sceau (sot ?) "vu à la télé"...
Même si je serais parfois tenté de dire "au contraire", je m'en abstiendrai parce que ce ne serait pas tout à fait juste non plus...
Des perles, des créations magnifiques, ambitieuses, courageuses, ne "comptant pas pour rien", il y en a toute l'année qui naissent aux quatre coin de France... Et parfois même certaines qui traversent les frontières...
Tel est le cas Asphalt Jungle d'après deux textes de Sylvain Levey "Juliette suite et fin trop précoce" & " Pour rire pour passer le temps" mis en scène par Laurent Maindon.
Cette création coup de poing, à l'esthétique épurée s'inscrit dans un projet plus vaste, au-delà des frontières régionales et nationales :
Quartet-visions d'Europe
Ce premier festival prend fin aujourd'hui même à Ancenis (44) avec la "Master Class" dirigée par Laurent Maindon.
Je ne saurais trop vous conseiller, si vous avez la chance d'être dans le coin, d'y foncer...
Sinon d'attendre le 21 mai prochain, nous nous en ferons l'écho sur le Salon du Théâtre et de l'édition théâtrale...